Renforcement des capacités sur le rôle des médias dans la protection des libertés publiques et lutte contre les discours de haine durant le processus électoral
Titre du module :
‘‘Bonnes pratiques de sécurité des journalistes : Echange d’expériences’’
Par Badylon Kawanda Bakiman
Journaliste, Acteur culturel, Directeur des programmes Radio Tomisa/Kikwit
Correspondant de l’Agence France Presse (AFP) dans le Kwilu ; de JED (Journaliste en danger) et de www.laprosperiteonline.net
Ainsi que www.journaldesnations.net
Correspondant pays de News Agency Inter Press Service (IPS) et du ‘’Réseau international des journalistes’’ (https://reseauinternational.net/ )
Membre de l’UPF (Union internationale de la presse francophone)
Charpente du module
- Introduction
- Objectif escompté et démarche méthodologique
- Définition de la ‘’Sécurité des journalistes’’
- De bonnes pratiques pour la sécurité des journalistes :
- La sécurité via le respect du code d’éthique et de déontologie ;
- La sécurité via le respect des lois du pays, surtout celle relative à l’exercice de la liberté de la presse en vigueur
- La sécurité au quotidien par soi-même :
c1. : A faire
c2. : A ne pas faire
- Annexe
I.Introduction
La problématique de la sécurité des journalistes au monde en général et en RD Congo en particulier fait couler beaucoup d’encres. En temps de guerre, en zones de conflits, pendant le processus électoral ou en temps normal, la sécurité des journalistes est toujours fragile.
Le rôle crucial des journalistes et la nécessité pour eux de faire leur travail en toute sécurité s’inscrit au cœur de nos sociétés démocratiques. Leur sécurité est à cet effet une condition essentielle à l’exercice de la liberté d’expression pour tous – le droit de chercher, recevoir, et partager de l’information.
Les menaces auxquelles font face les journalistes dans l’exercice de leur profession sont multiples : violences, intimidations, meurtre, enlèvement, prise d’otages, harcèlement hors ligne et en ligne, détention arbitraire et torture. Les femmes journalistes font, de plus, face au danger spécifique des agressions sexuelles : « qu’il s’agisse de violences sexuelles ciblées, souvent destinées à les punir pour leur travail, ou de violences sexuelles de masse contre les journalistes qui couvrent des événements publics, ou encore de sévices sexuels exercés sur des journalistes détenues ou séquestrées. De plus, nombre de ces crimes ne sont pas signalés en raison d’une forte stigmatisation culturelle et professionnelle».
En 2022 par exemple, JED (Journaliste en danger), une des structures engagée dans la promotion et la défense de la liberté de la presse en République démocratique du Congo, a rendu public un rapport intitulé ‘’Alertes et menaces sur la liberté de la presse’’.
Dans ce rapport publié le 02 novembre, (journée mondiale de la lutte contre les crimes commis contre les journalistes), JED affirme avoir notifié 49 journalistes menacés, 37 journalistes arrêtés et 18 journalistes agressés.
Dans le rapport mondial 2017/2018 en matières de liberté d’expression et de développement des médias, l’UNESCO note que de 2012 à 2016, le Directeur général de cette institution (UNESCO) a condamné la mort de 530 journalistes, ce qui est équivalent à une moyenne de deux meurtres par semaine. De 2007 à 2011, l’UNESCO a comptabilisé 316 meurtres. L’année 2012 s’avérant être la plus meurtrière de ces dernières années avec 124 meurtres comptabilisés. Une majorité des meurtres de journalistes commis entre 2012 et 2016 a eu lieu dans des pays qui sont sujets à des conflits armés, représentant 56 % des morts.
Il est donc plus qu’impérieux que la sécurité des journalistes soit parmi les priorités.
- Objectif escompté et démarche méthodologique
Ce module se propose d’être un leitmotiv incitateur afin que la sécurité des journalistes soit la priorité des priorités.
Au terme de ces enseignements, les journalistes sont éveillés et prennent leurs sécurités en mains.
Pour y parvenir, la démarche méthodologique adoptée est celle qui est interro-explicative et andragogique (c’est-à-dire liée à l’enseignement des adultes tout en sachant que ces participants ont déjà des notions en tête).
III. Définition de la ‘’Sécurité des journalistes’’
La sécurité des journalistes n’est rien d’autre que la capacité pour les journalistes et les professionnels des médias de recevoir, produire et communiquer des informations sans avoir à subir des menaces physiques ou morales (définition universelle).
En RDC, indique le rapport de JED susmentionné, «Sous Joseph Kabila, on tuait des journalistes ; on fermait des médias ; on coupait l’internet….. Sous Félix Tshisekedi, c’est le journalisme qui se meurt à cause des facteurs énumérés ci-haut, mais aussi du fait, qu’en dépit des discours entendus, une gouvernance de prédation ne peut favoriser ou promouvoir un journalisme indépendant ou des medias jouant leur rôle de « quatrième pouvoir ».
Pour honorer les promesses politiques faites, les autorités congolaises devraient rapidement
sensibiliser les forces de sécurité au respect des droits et libertés des journalistes à exercer leur travail d’information sans crainte, étant donné qu’aujourd’hui les professionnels des médias sont comptés parmi les premières victimes des violences policières et des arrestations arbitraires», poursuit le même document.
- De bonnes pratiques pour la sécurité des journalistes
Eu égard au tableau peint ci-haut, plusieurs pratiques ont été mises sur les rails afin que le journaliste, qui est également une bibliothèque des évènements, fasse son travail en toute sécurité.
- La sécurité via le respect du code d’éthique et de déontologie
La stricte application et le respect du code d’éthique et déontologie est la toute première pratique professionnelle pour la sécurité du journaliste, car il existe, concernant les devoirs du journaliste, des dispositions qui sécurisent l’acteur du quatrième pouvoir.
Exemple : article 3 et article 5 du code d’éthique et de déontologie du journaliste congolais.
Art.3 : Traiter tous les problèmes sans parti pris et présenter honnêtement tous les sujets soulevant controverse.
Art.5 : Bannir l’injure, la diffamation, la médisance, la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge, l’incitation à la haine (religieuse, tribale, ethnique, régionale ou raciale) ainsi que l’apologie de toute valeur négative dans la pratique quotidienne de son métier.
- Tout journaliste, freelance ou pas, signe un acte d’engagement avant d’amorcer son métier.
- La sécurité via le respect des lois du pays, surtout celle relative à l’exercice de la liberté de la presse en vigueur
Dans l’exercice de son métier, le journaliste est appelé à lire, à maitriser et à respecter les lois du pays, étant donné que ces lois ont des dispositions qui garantissent des droits, qui sécurisent également les citoyens. Parmi ces citoyens figurent aussi les journalistes.
Le premier document à maitriser est la constitution du pays. Le deuxième pour les journalistes, est la loi fixant les modalités d’exercice de la liberté de presse en RDC.
- Actuellement la nouvelle loi en vigueur est ‘’L’Ordonnance-loi n°23/009 du 13 mars 2023 fixant les modalités de l’exercice de la liberté de presse, la liberté d’information et d’émission par la radio, la télévision, la presse écrite ou tout autre moyen de communication en République démocratique du Congo’’.
En appliquant cette loi, le journaliste et son organe de presse sont sécurisés.
Cette loi a abrogé celle du 22 juin 1996.
- La sécurité au quotidien par soi-même :
Afin d’aider les journalistes à faire attention à leur sécurité, JED a étudié et a mis en place quelques pratiques que les acteurs du quatrième pouvoir doivent appliquer chaque jour. Les voici donc :
c1. : Ce qu’il faut faire :
- Prendre au sérieux toute menace ou intimidation quelle qu’elle soit, prévenir les autorités compétentes et les organisations de défense des droits de l’Homme ;
- Prendre des mesures de sécurité personnelle face à une menace directe ou anonyme ;
- Eviter de se promener tard dans la nuit ;
- Passer nuit à la rédaction si nécessaire ;
- Ne pas transporter dans sa voiture des inconnus ;
- Ne pas passer sur le même chemin aller – retour, ou plus de trois fois la même journée ;
- Eviter de boire ou de manger dans les milieux peu sûrs ;
- Eviter de mélanger le privé et le professionnel dans les milieux dont on n’est pas sûr ;
- Savoir fuir si c’est possible face à des circonstances dangereuses ;
- Eviter de couvrir un événement dont votre conviction personnelle ou conscience ne le permet pas (On ne sait jamais, tout peut arriver);
- Développer un grand esprit critique et l’indépendance d’esprit ;
- Prendre du recul et être suspicieux devant toute situation inhabituelle ;
- Eviter des routines, changer de véhicule ou d’habits si possible lors d’un trajet important ;
- Changer quelques fois changer l’heure du déplacement si cela était connu à l’avance par plusieurs personnes ;
- Observer comme journaliste, mais ne pas espionner ;
- S’Identifier toujours comme journaliste et se comporter comme tel lors des manifestations publiques. Mais attention ! si la manifestation est très dangereuse, éviter de s’afficher comme tel ;
- Adopter une tenue vestimentaire décente (l’on est du quatrième pouvoir) ;
- En cas de provocation garder son calme et chercher à gagner du temps en donnant l’impression d’être sûr de soi ;
- Se donner une discipline pour être sûr de soi ;
- Faire preuve de solidarité et savoir voler au secours d’un confrère ou consœur en difficulté…
c2. : Ce qu’il ne faut pas faire :
- Conduire en solaire une enquête, pour cela il faut toujours être accompagné d’une autre personne ;
- Porter des vêtements susceptibles de faire naitre le doute sur soi ou sur ses intentions ;
- Porter des habits des partis politiques, des T-shirts ou pagnes ayant des photos des hommes ou femmes politiques ou d’un candidat ;
- Embarquer dans un véhicule des militaires ou policiers lors d’un reportage ;
- Porter une arme lors d’un reportage ;
- Sortir seul ou se rendre dans des milieux peu fréquentés ;
- Manifester des signes d’acquiescements ou d’applaudissements lors des conférences de presse, des meetings ou autres manifestations ;
- Accepter de se mettre au milieu dans un taxi ou dans un véhicule privé pris pour une circonstance ;
- Envoyer le cameraman ou camerawoman seul sans assistance observer des manifestations publiques dangereuses ;
- Avoir des ‘’amis’’ politiques ou hommes politiques qui ne visent que leurs intérêts ;
- Participer aux campagnes de diabolisation des adversaires ou bagarre politiques par des médias interposés…
- Annexe
Voici des agences, programmes et fonds de l’ONU travaillant actuellement sur la sécurité des journalistes
Haut Commissariat aux droits de l’homme
Département de l’information de l’ONU
Office des Nations Unies contre la drogue et le crime
Programme des Nations Unies pour le développement
Département des affaires politiques de l’ONU
Département des opérations de maintien de la paix de l’ONU
MERCI POUR VOTRE ATTENTION















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